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Le dispositif Jeanbrun (bailleur privé)

L’ESSENTIEL
5,5 % / an

d’amortissement maximum

80 %

du prix amortissable

9 ans

d’engagement de location

Les points clés

Le dispositif Jeanbrun permet d’amortir fiscalement un logement mis en location.

Jusqu’à 5,5 % par an sur 80 % du prix, avec au moins 9 ans de location et des plafonds de loyer et de ressources.

Neuf ou ancien rénové: vérifiez l’éligibilité et le marché locatif local.

Nouvelle réponse fiscale à la crise du logement, le dispositif Jeanbrun introduit un statut de bailleur privé fondé sur l’amortissement des revenus fonciers. À La Réunion, où la demande locative reste soutenue, ce mécanisme peut devenir un levier intéressant pour investir dans un logement locatif nu, à condition de respecter des règles précises de durée, de loyers, de ressources et de qualité du bien.

Romain GUÉZILLE et Guillaume GARGANI, CRAK'N

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Pourquoi ce nouveau dispositif Jeanbrun ?

Le dispositif Jeanbrun, du nom du ministre du logement, officiellement rattaché au nouveau statut fiscal du bailleur privé, vise à redonner de l’attractivité à l’investissement locatif de long terme.

Son principe diffère d’une défiscalisation classique :

  • l’investisseur ne reçoit pas une réduction d’impôt immédiate ;
  • L’investisseur peut déduire chaque année une partie de la valeur du logement de ses revenus fonciers imposables, c’est l’amortissement.

En contrepartie, il s’engage à louer le bien nu, comme résidence principale, avec des loyers plafonnés et sur une durée minimale.

Pour La Réunion, l’intérêt est double : soutenir la production de logements accessibles et offrir aux investisseurs un outil patrimonial moins ponctuel que le Pinel, davantage orienté vers la détention longue et la création de revenus locatifs réguliers.

Comment fonctionne l'amortissement Jeanbrun ?

Le cœur du dispositif repose sur une base amortissable forfaitaire : le foncier étant exclu, l’amortissement porte en pratique sur 80 % du prix d’acquisition.

Cette fraction est ensuite déduite chaque année des revenus fonciers, selon un taux qui dépend du type de logement et du niveau de loyer pratiqué.

Plus le loyer est socialement encadré, plus le taux d’amortissement peut être élevé. Dans la logique, nous avons :

  • Assiette amortissable : 80 % du prix du bien, afin de neutraliser forfaitairement la part du foncier ;
  • Logement neuf : taux indicatifs de 3,5 % en loyer intermédiaire, 4,5 % en loyer social et jusqu’à 5,5 % en loyer très social ;
  • Logement ancien réhabilité : taux généralement plus faibles, avec une logique adaptée aux opérations lourdes de rénovation ;
  • Durée d’engagement locatif : 9 ans minimum, avec location nue à usage de résidence principale

Qui peut bénéficier du statut de bailleur privé ?

Le particulier à l'IR

Le dispositif Jeanbrun s’adresse principalement aux particuliers imposés à l’impôt sur le revenu (IR) qui déclarent des revenus fonciers issus d’une location nue.

SCI à l'IR ou à l'IS ?

Le dispositif Jeanbrun est aussi admis pour certains montages patrimoniaux, notamment une SCI  soumise à l’impôt sur les revenus (à l’IR donc).

Du fait de sa transparence fiscale, l’imposition reste chez les associés personnes physiques, au sein de leurs revenus fonciers. 

En revanche, une SCI à l’IS n’entre pas dans la logique du dispositif, car encore une fois, celui-ci vise la fiscalité des revenus fonciers des personnes physiques, ce qui n’est plus le cas à l’IS.

Les conditions d'éligibilité au dispositif Jeanbrun

Lorsque nous parlons de dispositif d’aide octroyé par l’État (aussi appelé réglementé), il y a toujours des conditions. Pour le jouir du statut de bailleur privé, les voici :

  • Le logement doit être situé dans un immeuble collectif et loué nu à titre de résidence principale du locataire ;
  • L’engagement de location doit être maintenu pendant au moins 9 ans ;
  • Les loyers pratiqués et les ressources du locataire doivent respecter les plafonds applicables au niveau retenu : intermédiaire, social ou très social ;
  • Les logements anciens doivent faire l’objet d’une réhabilitation significative, avec des travaux répondant aux conditions prévues par les textes ;

Sont notamment exclus du dispositif Jeanbrun les maisons individuelles, les résidences avec services et certaines locations intrafamiliales.

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Neuf ou ancien : quelle différence ?

Le dispositif Jeanbrun peut concerner un logement neuf, acquis achevé, en VEFA ou construit, mais aussi un bien ancien lorsque l’opération comporte une réhabilitation lourde.

C’est une différence importante avec les dispositifs centrés uniquement sur le neuf (tels que le CIOP) : le statut de bailleur privé peut accompagner à la fois la production neuve et la remise sur le marché de logements existants, sous réserve d’un niveau de travaux suffisant et du respect des critères de performance attendus.

Critère

Logement neuf

Logement ancien avec travaux

Conditions de performance

Conforme aux normes environnementales en vigueur (RE2020)

Travaux atteignant le niveau de performance requis

Amortissement

Amortissable jusqu’à 3,5 à 5,5 %/an sur 80 % du prix selon le plafond de loyer choisi (intermédiaire, social, très social)

Selon modalités définies par décret

Intérêt principal

Garanties constructeur, normes neuves

Valorisation d’un bien existant

Exemple d’investissement avec le dispositif Jeanbrun

Hypothèses de départ :

Vous achetez un T2 neuf de 55 m² au prix de 266 000 € à Saint-Paul, à La Réunion.

Calcul de l’amortissement :

  • l’assiette amortissable retenue dans le cadre du dispositif Jeanbrun correspond à 80 % du prix d’acquisition, soit 212 800 €.
  • Vous décidez de réaliser une location nue avec les plafonds de loyer au niveau dit « social » ;
  • Vous planifiez de maintenir cela pendant 9 ans ;
  • Cela vous donne un taux d’amortissement de 4,5 % par an.
  • Vous pouvez ainsi déduire 9 576 € par an de vos revenus fonciers pendant la durée d’engagement locatif.

Impact sur les revenus fonciers imposables :

Concrètement, au régime réel, cela revient à réduire, voir supprimer, votre imposition sur les revenus fonciers.

Par exemple : si le logement génère 11 400 € de loyers annuels hors charges, l’amortissement viendrait ramener la base foncière théorique à 1 824 € avant prise en compte des autres charges déductibles comme les intérêts d’emprunt, l’assurance, la taxe foncière ou les frais de gestion…

Conclusion de l’exemple :

Ce mécanisme ne crée donc pas une réduction d’impôt immédiate (comme anciennement le Pinel) ; il diminue progressivement le revenu foncier taxable, ce qui vient directement améliorer la « rentabilité nette nette » pour un investisseur imposé sur ses loyers foncier (particulier ou SCI à l’IR).

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Cet exemple reste indicatif. L’amortissement réel dépend du niveau du plafond de loyer choisi (intermédiaire, social ou très social), de votre tranche d’imposition, de vos charges déductibles, de votre patrimoine existant et de l’éligibilité effective du programme. Une analyse globale de votre stratégie patrimoniale et fiscale est recommandée avant toute décision d’investissement.

Les risques à mitiger sur le dispositif Jeanbrun

Non-respect des critères

Il est assez simple : non-respect des critères d’admissibilité = reprise fiscale.

Le dispositif est strict : en cas de manquement (loyer dépassant le plafond, vente anticipée, location non conforme…), l’avantage est remis en cause. Autrement dit, l’amortissement n’est plus considéré rétroactivement et l’impôt est dû.

Et ce n’est pas tout, le CGI prévoit une majoration du revenu net foncier de l’année de rupture, correspondant aux amortissements déjà déduits, avec un mécanisme de lissage et des quelques cas d’exceptions (invalidité, licenciement, décès). 

Non-cumul des dispositifs fiscaux

Seconde limite du statut de bailleur privé : le code général des impôts (CGI) précise la non‑cumulabilité de la déduction associée au dispositif Jeanbrun avec certains autres avantages fiscaux, notamment pour un même logement.

Cela impose de choisir la stratégie la plus pertinente selon votre profil et se faire accompagner par un avocat fiscaliste si vous souhaitez venir optimiser les dispositifs.

Le dispositif Jeanbrun est récent. Cela veut dire et certains paramètres (plafonds, doctrine administrative, formalités déclaratives) peuvent évoluer, notamment dans les premières années, afin de combler des incohérences ou inefficacités dans le statut de bailleur privé. Restez informé et vérifiez régulièrement les plafonds (à chaque nouvelle location par exemple).

Les étapes pratiques pour sécuriser votre investissement

Dans les faits, si vous optez pour un investissement adossé à l’application du dispositif Jeanbrun, votre parcours devrait ressembler à cela :

  1. Sélection du programme (immeuble collectif, zone locative cohérente, demande réelle).
  2. Choix de la catégorie de location (intermédiaire / sociale / très sociale) et vérification des plafonds applicables. 
  3. Mise en location sous 12 mois une fois l’appartement livré et contractualisation conforme (location nue, résidence principale, vérification des ressources). 
  4. Option fiscale dans la déclaration de revenus de l’année d’achèvement / acquisition : l’option est irrévocable pour le logement. 
  5. Déclarations : le moment venu, le régime réel passe par les formulaires et annexes adéquats (revenus fonciers, généralement les déclarations 2044 et associées). 
  6. Suivi comptable et gestion locative pour sécuriser le dossier locataire, conserver les justificatifs et garantir la bonne déclaration de vos revenus en cas de contrôle.

Ce que ça change par rapport à Pinel

Pour ceux qui ont connu le Pinel, voici un rapide comparatif pour vous permettre de mettre à jour vos connaissances sur la base du Pinel : 

  • Le Pinel a été abrogé fin 2024 ;
  • Le Pinel était réservé aux logements neufs en zone tendue. Le dispositif Jeanbrun ouvre au neuf ET à l’ancien avec travaux ;
  • Le mécanisme Pinel reposait sur une réduction d’impôt. Le dispositif Jeanbrun repose sur un amortissement du bien déductible des revenus fonciers (à l’image du LMNP) ;
  • La durée d’engagement du dispositif Jeanbrun est de 9 ans, et donc plus longue que les options courtes Pinel (qui étaient de 6 ans).

Quelle pertinence pour le statut de bailleur privé à La Réunion ?

À La Réunion, le dispositif mérite une attention particulière car la pression démographique, la rareté du foncier disponible et les besoins en logements locatifs créent un contexte favorable à l’investissement résidentiel. Toutes les communes peuvent être concernées, mais l’analyse doit rester locale : un projet à Saint-Paul, Saint-Denis, Saint-Pierre ou dans une commune plus secondaire ne répondra pas aux mêmes niveaux de loyers, de demande et de risque de vacance. La pertinence du Jeanbrun dépend donc autant du cadre fiscal que de la qualité de l’emplacement, du prix d’achat, du niveau de loyer plafonné et de la capacité du bien à se louer durablement.

Pour un investisseur réunionnais, le dispositif Jeanbrun ne doit donc pas être analysé uniquement comme un avantage fiscal. Il doit être comparé aux autres stratégies possibles, comme le CIOP, le LMNP, etc., afin de choisir le montage le plus cohérent avec l’objectif patrimonial, la fiscalité (et structuration) personnelle et l’horizon de détention.

Pour aller plus loin : 

  • Légifrance : LOI n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 inscrivant le statut du bailleur privé dans le droit français.
  • ANIL : Dispositif Jeanbrun expliqué.
  • Économie.gouv : Investissement locatif : ce qu’il faut savoir sur le nouveau dispositif « Relance logement ».